Accueil
sg sd
Le SNUipp Actualités Infos carrière CAPD, CTSD, CDEN... Dossiers/Juridique
Outils pratiques Les publications Se syndiquer Formation initiale
id

SNUipp-FSU de Maine et Loire

liste de diffusionSNUipp-FSU de Maine et Loire
S'abonner à la liste de diffusion du SNUipp 49 et recevoir toutes les nouvelles publications du site.
Indiquez
votre adresse courriel:


Accès Rapide

Accueil du site
Plan du site
Les nouveautés

Accès par thèmes




Liens FSU

Les sites nationaux
fsu
snuipp
Vous pouvez vous déplacer dans le site à l'aide des liens ci-dessous.

Vous êtes actuellement dans la rubrique : Dossiers/Juridique  / Malaise enseignant : notre dossier... 

Imprimer l'article


Le Harcèlement moral dans l’Education nationale

Publié le: vendredi 22 avril 2011

rien
rien

Cet article en deux partie a été publié par Daniel ARNAUD
source (blog NouvelObs)

Partie 1

Le harcèlement moral au travail se définit comme toute conduite abusive (geste, parole, comportement, attitude...) qui porte atteinte par sa répétition ou sa systématisation, à la dignité ou l’intégrité psychique d’un salarié, mettant en péril son emploi, ou dégradant le climat de travail (Marie-France Hirigoyen).

Dans le secteur privé, un employeur peut par exemple tout mettre en oeuvre afin de pousser un employé au départ de manière à ne pas lui payer d’indemnités de licenciement. Il s’agit de lui rendre la vie impossible et de l’amener à craquer. Le procédé s’avère redoutablement efficace, surtout lorsqu’on parvient à persuader la cible elle-même d’être à l’origine du problème. Si je ne transmets pas à mon subordonné les informations nécessaires pour qu’il réalise une tâche, je peux ainsi créer les conditions qui l’empêcheront de bien travailler... et qui me permettront ensuite de lui reprocher son manque de performance. On conduit le salarié à douter de ses capacités, on le dévalorise, on le casse.

Absurde, illogique, pervers ?

Voilà précisément ce qui distingue le harcèlement moral au travail du simple conflit professionnel : le premier vise l’asservissement, voire l’élimination de l’autre, alors que le second supposerait qu’il y ait place pour le dialogue ou la négociation. Il s’apparente à cet égard à une violence exercée par un agresseur sur un agressé à part entière. C’est un processus extrêmement destructeur. Mais, contrairement à une idée reçue, il se rencontre aussi fréquemment dans le secteur public :

«  Dans le secteur public, le harcèlement moral peut durer plusieurs années, quelquefois plusieurs dizaines d’années, car, en principe, les personnes sont protégées et ne peuvent pas être licenciées à moins d’une faute très grave. Pour cette raison, les méthodes de harcèlement y sont plus pernicieuses, et aboutissent à des résultats dramatiques sur la santé mais aussi sur la personnalité des victimes. », observe Marie-France Hirigoyen.

On refuse celui qui se démarque d’un groupe déjà constitué ; celui qui n’entre pas dans un moule ; celui qui s’oppose à une compromission ; celui qui ose se servir de son entendement, c’est-à-dire qui exerce son sens critique ; celui, enfin, qui pourrait faire de l’ombre à un supérieur incompétent en se signalant par sa compétence. L’intolérance, l’envie, la jalousie, la peur et l’orgueil sont des sentiments universels. C’est pourquoi aucun secteur d’activité n’est à l’abri. Dans les systèmes très hiérarchisés, qui ne veulent « pas de vagues », la victime risque en outre d’être confrontée à une administration la traitant en « fauteuse de trouble » perturbant « la bonne marche du service » au lieu de la soutenir.

L’actualité nous rappelle régulièrement combien les conditions d’enseignement sont particulièrement dégradées dans l’Education nationale, du moins dans certains secteurs. Les personnels y sont par conséquent d’autant plus exposés au harcèlement moral au travail. Des professeurs qui, face aux incivilités quotidiennement subies, ont le malheur d’exiger la protection à laquelle ils ont droit en tant que fonctionnaires, ou bien qui s’obstinent à maintenir leur niveau d’exigences quand on les presse de remonter leurs notes afin de soigner les statistiques académiques, représentent autant de cibles potentielles. Or, l’institution scolaire n’hésite plus à réprimer les récalcitrants. Il n’est d’ailleurs pas indispensable qu’une faute ait été réellement commise pour mettre en cause un enseignant et l’atteindre personnellement. La diffamation et la rumeur suffisent : un rapport prétendant qu’il y a eu « violence aggravée sur mineur » ou « attouchement sur une élève », même si l’accusation est totalement imaginaire, et… c’est la machine administrative qui peut s’emballer, écraser, broyer.

De Villefort n’avait pas besoin que Dantès soit coupable pour l’envoyer pourrir au château d’If et se débarrasser du gêneur.


Partie 2

Le phénomène semble du reste assez mal connu. Malgré le Bulletin officiel (BO) n° 10 du 8 mars 2007 relatif au harcèlement moral au travail, de nombreux agents subissent probablement un tel processus sans faire le rapprochement et donc sans pouvoir nommer ce qu’ils vivent. Quant aux syndicats, ils sont habitués aux luttes collectives et ne saisissent pas toujours la dimension individuelle et psychologique de ce genre de violence. Comme elle ne comprend pas bien ce qui lui arrive et que ses interlocuteurs se révèlent incapables de lui apporter des réponses appropriées, la victime se retrouve au bout du compte seule, isolée, abandonnée. Et elle n’en est que plus vulnérable ; d’où ces profs qu’on assassine, au point de s’exclure eux-mêmes de leur cadre professionnel au moyen d’un congé maladie longue durée, d’une démission (impensable voilà encore dix ans), ou par le suicide (34 pour 100000, le taux le plus élevé de toutes les professions, selon une étude de l’Inserm de 2002).

Il est urgent d’appliquer aux situations vécues par certains enseignants la grille de lecture fournie par Marie-France Hirigoyen. Elle dresse par exemple la liste des « agissements hostiles » qui permettent à l’agresseur de dégrader les conditions de travail d’un salarié :

« On retire à la victime son autonomie. » ; « On la discrédite auprès des collègues, des supérieurs ou des subordonnés. » ; « On lui attribue contre son gré des travaux dangereux. » ; etc.

Transposons un tel schéma à un établissement scolaire dans lequel le principal ou le proviseur exerce des pressions pour que les personnels passent sous silence les difficultés rencontrées avec les classes. Il est envisageable de saper le travail des réfractaires par petites touches, sur la durée, surtout si les élèves présentent des « problèmes de comportement ». C’est une Vie scolaire démagogique qui, appuyant le discours de la direction, conforte ces derniers lorsqu’ils viennent « se plaindre » du prof qui les a « agressés » (c’est-à-dire rappelés à l’ordre parce qu’ils perturbaient le déroulement du cours) ou qui a noté les copies « trop sec » à leur goût. A ce stade, on empiète sur le domaine de compétence de l’enseignant et on réduit son autonomie. On le discrédite également devant sa classe. Puis c’est le cercle vicieux : l’élève indiscipliné qui, cautionné dans son attitude par d’autres membres de la communauté éducative, ne respecte plus du tout son autorité, n’accepte plus la moindre remarque, et finit par l’agresser physiquement. Par définition, en lâchant l’intéressé, on est parvenu à augmenter la dangerosité de son travail. Aussi retrouve-t-on bien les trois points mentionnés ci-dessus.

Marie-France Hirigoyen met au jour deux grandes phases dans le processus : d’abord l’emprise, à laquelle succède la haine. La première consiste à blesser l’autre chaque jour davantage sans avoir l’air d’y toucher ; la seconde intervient à partir du moment où la cible réalise ce qui est en train de se passer et entreprend de le dénoncer. L’agresseur se déchaîne alors pour la forcer au silence. Un chef d’établissement n’hésitera pas à produire un rapport destiné au rectorat dans lequel il qualifiera son subordonné de « paranoïaque » (« Il voit des complots partout. » ; « Il croit qu’on lui en veut. » ; « Pourtant, on est là pour l’aider. » ; etc.). L’agent aura perdu toute crédibilité et sera devenu inaudible avant même d’avoir essayé de s’adresser aux échelons supérieurs de sa hiérarchie. Quant à ses propres collègues, ils entretiendront pour la plupart le déni de façon à « ne pas s’en mêler » ou à ne pas s’exposer à leur tour à d’éventuelles représailles. L’école de la lâcheté, Maurice T. Maschino nous avait prévenus… Après tout, qu’est-ce qu’une salle des profs si ce n’est une rame de RER dans laquelle un individu peut être piétiné pendant que quarante voyageurs feignent de regarder ailleurs ? Mais les autres personnels sont également vulnérables, y compris certains personnels de direction, dans le cadre d’un système structurellement aliénatoire.

Paradoxe, violence et désespoir : tels sont les mécanismes qui perdent des salariés du public comme du privé sur le lieu où ils croyaient gagner leur vie. Quelle ironie !

Daniel Arnaud

rien
 
Tous les articles du th�e
Cet article n'est pas lié à un thème.  
rien
Imprimer l'article
Ver 15/03/2007
Remerciements SNUipp
adresse
SNUipp49-FSU : 14 place Imbach, 49100 ANGERS - tél : 02.41.25.36.40 - fax : 02.41.86.96.88 - mail : snu49@snuipp.fr - mentions légales